
Le CC€ n’adore pas le principe de la manifestation, mais l’époque veut qu’il existe maintenant de multiples groupes de pression bien établis et subventionnés qui mettent en péril nos valeurs ancestrales. Et en discutant entre amis, nous avons compris que ce n’est pas autour de nos piscines ou en chinant au Sablon que nous défendrons notre patrimoine. Nous avons donc choisi d’utiliser l’arme de nos ennemis : la manif. Mais, nous, nous défilerons avec élégance et distinction.
Y a-t-il une différence entre une manifestation et un cocktail ? Eh bien non. Les adeptes vous le diront : aller de groupe en groupe pour entretenir ses relations demande de se déplacer beaucoup. Et il n’est pas de cocktail réussi sans qu’à la fin, n’apparaissent cloches [1] et gonflements aux pieds des dames et des messieurs, même chaussés des souliers les plus dispendieux. Forts de cette constatation, nous avons décidé que notre manifestation serait une sorte de cocktail où un soin tout particulier serait apporté aux mets et aux rafraîchissements.
Le respect des traditions culinaires françaises, allié à quelques touches cosmopolites, ont fait de notre cocktail manifestatoire un must incontournable.
Nous avons dégusté :
Canapé de crabe royal du Kamtchatka au potiron et quatre-épices
(Ne pas remplacer le crabe par du surimi : ce serait une faute de goût.)
Mini-quiche de thon rouge à l’aneth
(À consommer de toute urgence avant l’extinction des thons rouges.)
Bruschetta au foie gras
(Que les oies aiment ou non le gavage n’est pas une raison de s’en priver.)
Cuisse de caille sauvage au whisky
(Le zakouski préféré de mon grand-père.)
Bouchée au chevreuil de Grünberg
(L’Homme est un loup pour le chevreuil.
Félicitations au Dr Bastian pour cette belle capture.)
Mini-éclair aux trois OGM
(Montrons que nous n’avons pas peur du progrès.)
Des amis propriétaires de vignobles en Champagne nous ont assemblé pour l’événement quelques caissettes d’une cuvée premier cru « Pour la Croissance et la Marchandisation du Monde ». L’élégance des bulles a charmé et soigné nos palais asséchés par nos slogans.
Un tout grand merci à Chlorine Soubiran qui s’est occupée de la difficile mission de gérer le personnel de service. Livrées et gants blancs étaient impeccables, les plateaux circulaient à merveille, et aucun verre ne restait vide.
Si tout le monde organisait ses manifestations comme nous, il y aurait moins de violence.
[1] « Ampoules », au pays de Nicolas Sarkozy.