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Avoir

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« Il est illusoire de penser que le grand nombre soit à même
d’atteindre des standards de vie enviables en empêchant
une minorité d’y accéder avant elle. »

Corentin de Salle

S’il est bien une chose dont on accuse souvent les nantis c’est, justement, d’être… nantis. Mais si nous acceptons d’être ainsi cloués au pilori, c’est que nous savons qu’en réalité notre avoir est source de progrès social.

Lorsqu’un nanti passe en rue au volant d’une voiture de prestige, accompagné d’une belle femme aux appas dispendieux, tous deux parés de vêtements et bijoux de grand luxe, des centaines et milliers de paires d’yeux les admirent, envieux. Mais qu’est-ce qui pousse donc un riche à ainsi se pavaner devant tous, au risque de parfois même se faire agresser ? On pourrait penser qu’il eût été plus prudent pour lui de rester chez lui ou avec ses amis, dans un endroit bien sécurisé, à profiter des ses avoirs.

Le premier des imbéciles venu connaît d’emblée la réponse : ce nanti cherche à susciter la jalousie. Mais l’imbécile en question se trompe quant à l’objectif poursuivi par le nanti. Car, sans qu’il ne le soupçonne, l’imbécile va se mettre à désirer ces possessions. Et petit à petit, par son labeur, il va pouvoir commencer à en acquérir l’une ou l’autre. Ainsi, au fil du temps et des générations, les masses populaires s’élèvent et peuvent elles aussi participer au grand banquet de l’Avoir.

Mais cela ne serait pas possible sans que d’autres, plus aisés financièrement, ne leur aient montré la voie. D’ailleurs, comme le dit si bien Corentin de Salle dans son article « Éloge de la dilapidation » (dont est également tirée la citation ci-dessus et que nous vous encourageons à lire) :

« Une minorité de nantis désireuse de consommer des produits de luxe permet aux prix de ces derniers de se démocratiser par la suite. C’est le cas de la totalité des objets techniques peuplant notre quotidien : des téléviseurs aux téléphones portables. Ainsi, l’automobile resta longtemps un divertissement aristocratique. (…) Aujourd’hui, une femme de ménage peut se payer des vacances à Djerba… »

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Au fil du temps, les masses populaires s’élèvent et participent au grand banquet de l’Avoir.

N’est-ce donc pas faire œuvre sociale que de permettre aux plus démunis et à leurs enfants d’accéder à leurs rêves jadis les plus fous ?

D’autant que, même lorsqu’un niveau de vie autrefois réservé aux plus riches est atteint par les plus pauvres, cela fonctionne encore ! En effet, la consommation de ces derniers enrichit les premiers (qui possèdent les outils de production et de vente), ce qui permet à ceux-ci de posséder à nouveau et encore plus de nouvelles choses, de jouir de nouveaux plaisirs. L’inégalité de départ est ainsi maintenue et le système se perpétue, en un cercle vertueux.

Dans leur souci d’élévation des masses, les nantis accélèrent encore ce système grâce à la pub (qui pousse à consommer plus) et au crédit (qui pousse à travailler plus pour produire plus).

Ainsi, nous, au Club des Citoyens pour la Croissance, sommes fiers de participer à cet élan de progrès social. Nous sommes fiers de faire partie de cette élite éclairée travaillant au bonheur de chacun. Nous sommes fiers d’exhiber nos richesses, au péril de nos vies, afin d’en faire profiter finalement le plus grand nombre.

Ne nous remerciez pas : c’est un sacerdoce !

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